Le vitrail en dalle de verre éclaté







































Partie intégrante de l’architecture, le vitrail la complète en se mettant à son service. Prolongement du mur, il est en même temps passage de la lumière et lien entre l’extérieur et l’intérieur. Il crée une atmosphère colorée qui imprègne le lieu qui le reçoit.


La dalle de verre est un médium idéal. Ce verre singulier condense la couleur sublimée par la lumière. Il est nécessaire de calmer son rayonnement intense avec des teintes plus sourdes et avec les structures sombres des ciments qui le cernent et deviennent à son contact un noir mat. Employés librement, ténus ou plus larges, ils charpentent la composition. Ils ont plus qu’un simple rôle utilitaire de sertissage des pièces, par leur graphisme ils imposent leur dynamique propre et entrent en dialogue avec la couleur.

Pour l’équilibre de la coloration, la juxtaposition de valeurs est renforcée par les éclats. Pratiqués dans l’épaisseur de la dalle ils font varier l’intensité des teintes, fabriquent des nuances nouvelles plus ou moins translucides. Leurs prismes diffusent la lumière, produisent des oppositions nettes ou des dégradés fluides. Essentiels, ils ne sont pas aléatoires ni systématiques mais intentionnels.

Le vitrail en dalle de verre, surtout lorsqu’il est non figuratif, s’apparente à la musique, emprunte ses rythmes, ses sonorités, ses timbres. Après les apports de Manessier et de Bazaine, les courants du fauvisme et de l’abstraction lyrique, il est en résonnance également avec les jeux de brillance et de vibrations des vitraux gothiques, figuratifs, mais situés tellement loin de l’œil qu’ils en deviennent abstraits. Le peintre verrier est aujourd’hui dans cette continuité. Il peint avec de la lumière.


Notre métier est fascinant et aventureux. C’est une recherche captivante à tous les stades du travail. Il est indispensable d’abord de penser le vitrail en situation, dans le respect des données architecturales, la perspective, l’éloignement, l’orientation. A partir de là, il est possible d’inventer la maquette. Ensuite la taille manuelle est précise et libre dans le fractionnement des formes. Le verre sonne, il faut se concentrer, se confronter à ses exigences, contrôler les teintes et les éclats à la lumière, trouver de beaux accords, façonner patiemment chaque élément en veillant à la cohérence de l’ensemble. 

C’est un bonheur d’entendre réagir le verre au choc de la marteline, de percevoir la justesse du son qui fait pressentir la réussite d’une pièce difficile, de découvrir les mystères de la lumière traversant le verre coloré, d’en saisir les effets fugaces, les mouvements euphorisants ou apaisants au rythme des heures et des saisons.